MONIQUE RICCARDI-CUBITT
POÈTE, HISTORIENNE D'ART, AUTEUR, CONFÉRENCIÈRE

Qui suis-je ?

Française de naissance, Britannique de mariage et Romaine d'adoption, je donne des conférences et j'écris en français, anglais et italien. Historienne d'art et auteur britannique, j'ai été directrice d'un cours préparatoire chez Sothebys, et j'ai créé le Riccardi Institute of Art à Londres. J'ai publié un volume de référence sur l'ébénisterie à Londres, New York, Paris et Milan, ainsi que de nombreux articles sur les arts décoratifs dans des revues et dictionnaires d'art.

J'ai beaucoup voyagé au Proche et au Moyen Orient, où j'ai donné une conférence au musée de l'Université Américaine de Beyrouth, et au Musée National de Riyadh, en Arabie Saudite.

Je donne des conférences dans les universités, les musées et associations culturelles, et j'organise des expositions sur l'art et les sujets napoléoniens avec le soutien de la Fondation Napoléon. J'écris aussi des poèmes, pour lesquels j'ai obtenu des prix, et des essais sur des sujets politiques d'actualité en France et en Europe.

Voir des exemples de mon travail ici :
http:://www.oxfordartonline.com
http://www.britishartjournal.co.uk
https://blogs.mediapart.fr/monique-riccardi-cubitt
http://www.conservatives-paris.org/our-blog

1. LA FRANCE. ENFANCE & ADOLESCENCE

Je suis née à l'Hermitage au Chemin du Paradis, à La Chaussée Saint-Victor, près de Blois, dans la maison de mon grand-père paternel, horticulteur, apiculteur, aquarelliste et humaniste, où j'ai passé ma petite enfance.



La Loire, dernier fleuve sauvage d'Europe, royale et majestueuse, coule à Blois sous le pont Jacques-Gabriel, 1717-24.

 

Je vécus en Sologne, pays du Grand Meaulnes d'Alain Fournier, et du Raboliot de Maurice Genevoix, de sept à quatorze ans, sur le domaine de Rivaulde, à Salbris, où je fus instruite par les Sœurs de Saint Paul de Chartres, à l'Ecole de la Providence, avant de devenir pensionnaire au Collège Sainte-Marie de Blois. Salbris est à 30km d'Aubigny-sur- Nère, la cité des Stuarts, donnée par Charles VII à Jean Stewart de Darnley en 1423 pour son soutien durant la Guerre de Cent ans, selon l'Auld Alliance entre la France et l'Écosse. Aubigny resta écossaise jusqu'à la mort en 1743 de Louise de Kérouaille, duchesse de Portsmouth et d'Aubigny, maîtresse du roi d'Angleterre Charles II Stuart, et agent secret de Louis XIV.



Le château de Rivaulde, Salbris, construit en 1897 par l'architecte Ernest Sanson pour l'industriel et politicien, Henri Schneider, sur le site d'un château de chasse du XVIIIème siècle.
Photo Liliane Codant, 2010

 

2. ÉDUCATION

Collège Sainte-Marie de Blois, Baccalauréat Philosophie


Mlle Mercier et Mme Daniélou dans le jardin de Sainte-Marie de Neuilly, 1947. Mlle Mercier, un professeur remarquable et inspiré, m'enseigna la philosophie et devint mon guide et mon mentor intellectuel. Elle suivait les préceptes de Mme Daniélou, fondatrice de la Communauté Saint François-Xavier, 1911, et des Collèges Sainte-Marie, 1913: 'Discerner la ligne de l'élan créateur dans un être et la suivre, ... Discerner aussi la conduite de Dieu sur lui et la seconder'. Elle prédit mon avenir d'historienne, et mon engagement de vie : 'Où que vous soyez, et quoi que vous fassiez, partout où il y aura de l'injustice dans le monde, vous serez là et vous vous dresserez'. L'enseignement à Sainte-Marie reflétait l'universalité de l'esprit jésuite, mais aussi la pédagogie de Maria Montessori : 'L'enfant est le père de l'homme', et celle de Rudolf Steiner : 'En réalité il ne s'agit pas de recevoir de l'école une préparation achevée, mais de s'y préparer à la recevoir de la vie'. Mon amour pour l'Angleterre avait été éveillé, enfant, à la lecture de David Copperfield de Dickens, et du Hound of the Baskerville de Sir Conan Doyle, l'étude de la Tempest de Shakespeare à Sainte-Marie me conquit totalement par sa poésie, sa magie, son ésotérisme. Je sus que je devais devenir anglophile pour entrer dans la modernité.

 

Université de Tours, Faculté de Lettres (English Studies)
Mayfield Convent of the Holy Child of Jesus : The Cambridge Diploma of Proficiency in English)

Grâce à l'amitié d'une femme exceptionnelle, solaire et rayonnante, Sister Claudia Dalgish, que j'assistai pendant un an à l'école Montessori du Holy Child Jesus à Neuilly, je terminai mes études d'anglais au Couvent du Holy Child Jesus à Mayfield, Sussex, où je fus assistante de français. Le Old Palace du XIVe siècle, avait été l'ancien palais de l'archevêque de Canterbury. Il fut restauré par E.W. Pugin, 1863-6, pour Cornelia Connelly, la fondatrice américaine convertie de la Society of the Holy Child Jesus, d'inspiration jésuite c. 1846. Sur sa tombe, dans la chapelle du Old Palace à Mayfield, est inscrite l'épitaphe : 'Love knoweth no measure. Feareth no labour.Findeth rest in God alone.' (L'Amour a nulle limite. Ne craint nulle peine. Ne trouve son repos qu'en Dieu), qui pourrait aussi décrire mon expérience de vie.

3. L'ANGLETERRE & LE MOYEN-ORIENT

Je revins à Paris où je travaillai comme réceptionniste bilingue à la banque américaine, Morgan Guaranty Trust, pour financer mes études à l'École du Louvre. Cependant je retournai régulièrement en Angleterre visiter des amis à Stockbridge, dans le comté du Hampshire, où ils vivaient dans la White House, l'ancienne villa de plaisance de Lily Langtry, the Jersey lily (le lis de Jersey), la maîtresse du roi Edouard VII.

Le village de Stockbridge, Hampshire, sur la rivière Test, l'un des cours d'eau crayeux les plus renommés d'Angleterre pour la pêche à la truite

La famille de Jennifer Donaldson avait vécu à Beyrouth, et c'est par elle que le Moyen-Orient entra physiquement dans ma vie. La magie de l'Orient avait enflammé mon cœur et mon imagination après la lecture, enfant, du poème épique du Tasse, La Jérusalem libérée, dans un beau volume ancien, illustré de gravures, de la bibliothèque de mon grand-père. À l'École du Louvre, j'étudiai l'art et la culture de l'Orient antique : l'Assyrie, la Mésopotamie, l'Égypte, avant d'aborder l'art classique de la Grèce et de Rome. L'Égypte trouva un écho immédiat en moi sous la houlette inspirée de l'archéologue Christiane Desroches-Noblecourt. Lorsque je rencontrai Bob Alexander, grand avocat, Conseiller de la Reine, qui s'investit beaucoup pour le parti Conservateur, et devint éventuellement Baron Alexander of Weedon sous le gouvernement Thatcher, avec Jennifer Donaldson, il m'offrit le volume du Prophet de Khalil Gibran, qu'elle lui avait donné. Je fus immédiatement conquise par la spiritualité lumineuse du poète, et par son talent de peintre : il avait étudié à Paris, et brossa les portraits de Rodin et de Jung.

L'Angleterre me manquait, après plus de deux ans à Paris, pour me rapprocher de mes amis, je cherchai du travail à Londres, et ainsi je rencontrai Michael Cubitt, qui devint mon mari. À notre première rencontre, le Moyen-Orient nous rassembla, l'Égypte et le Liban où il avait vécu, autant que notre expérience de vie dans le douloureux rejet de nos familles, notre spiritualité et recherche de l'ésotérique, notre amour de la poésie, de l'histoire, de la nature, et notre sens de l'humour partagé. Nous initiâmes un dialogue qui ne tarit jamais, dans une véritable union de l'âme, du cœur et de l'esprit.


La maison où je rencontrai mon mari et vécu toute ma vie à Londres, dans le Warwick Square, Pimlico, construite en 1840 par son ancêtre, le 'maître bâtisseur' Thomas Cubitt. Il fut proche de la Reine Victoria et du Prince Albert et développa à Londres les quartiers de Bloomsbury, et pour le duc de Westminster, Belgravia et Pimlico. Il s'inspira de l'architecture classique sans avoir visité la Grèce ou l'Italie. Il restaura Buckingham Palace, et construisit pour la Reine Victoria, qui le surnommait affectueusement, 'notre Cubitt', la villa de plaisance italianisante d'Osborne House, sur l'île de Wight, où elle mourut en 1901.
La branche de mon mari est issue de Lewis Cubitt, le jeune frère de Thomas, avec lequel il collabora. Lewis Cubitt devint ingénieur civil, il construisit, entre autres, la gare de King's Cross à Londres,1854, et le Great Northern Hotel mitoyen.

 

Après notre mariage, mon mari reprit le patronyme italien et le titre, devenu aussi anglais, abandonné par son père durant la Seconde Guerre Mondiale. Son grand-père, Thomas Cubitt, s'était converti au catholicisme à Oxford sous l'influence du Cardinal Newman. Il avait épousé une comtesse italienne, Fede Riccardi, fille unique et héritière d'une longue et prestigieuse lignée, dont le père, Conte Adolfo Riccardi de Florence, avait été aide de camp de trois rois d'Italie. Afin d'en assurer la survivance, Thomas Cubitt assuma son nom et son titre en 1904 par décret royal de Victor-Emmanuel III d'Italie, entériné par Edouard VII d'Angleterre en 1907.

Mon mari, Count Riccardi-Cubitt, fut élevé au collège bénédictin d'Ampleforth, devenant éventuellement Chevalier d'Honneur et de Dévotion de l'Ordre Souverain Militaire Hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, de Rhodes et de Malte. Il fut le plus jeune officier britannique au début de la Seconde Guerre Mondiale, durant laquelle il servit dans le célèbre régiment du Rifle Brigade, appelé aussi Green Jackets, qui s'était distingué à Waterloo. Il participa aux combats du désert en Égypte, avant d'être fait prisonnier en 1943 sur l'île de Leros en Grèce. Il fut incarcéré au camp de Brunswick, OFLAG 79, et libéré par l'armée américaine en 1945 le jour de la Saint Georges. Son service dans l'Intelligence Militaire le mena au Middle East Centre of Arabic Studies, MECAS, où il étudia la langue et la culture arabes à Jérusalem sous la houlette de son mentor, Sir Bertram Thomas. Poursuivant son travail pour les Services de Renseignements britanniques, MI6, il devint aide de camp de Sir Desmond Morton dans la Military Mission en Égypte. Quittant l'armée, il travailla dans les relations publiques et la communication pour l'Irak Petroleum Company, IPC, plus tard British Petroleum, BP, à Londres, Rome et Beyrouth. À notre rencontre, il vivait à Londres où il avait ouvert un cabinet de conseil et de relations publiques entre Londres et le Moyen-Orient, assurant, entre autres, la promotion de la Tunisie.








Les armoiries Riccardi-Cubitt, et la devise Cubitt :
Felix qui Prudens

Je l'assistai avec bonheur dans son travail et voyageai en sa compagnie dans de nombreux pays du Moyen-Orient, en particulier l'Égypte, mais aussi Mascate au Sultanat d'Oman et l'Emirat du Qatar. Après sa mort, je visitai le Liban et l'Arabie Saoudite, où je donnai une conférence au musée de l'Université Américaine de Beyrouth, et au Musée National de Riyadh, sur l'influence islamique sur l'art occidental.

Le suicide de mon mari, au terme d'une longue maladie dépressive, chronique et héréditaire, a fait basculer ma vie. J'assumais alors son héritage spirituel dans une absence, qui était aussi une présence : je demeurais fidèle à ses idéaux dans la mort comme dans la vie, et poursuivit une quête spirituelle qui me fit retracer les pas de l'homme aimé, qui avait été une figure de père et un mentor. Je cherchai à accomplir le rêve qu'il avait abandonné en quittant le Liban, celui d'être un 'pont entre l'Est et l'Ouest', afin de réconcilier dans ma propre vie, l'Orient et l'Occident tout autant que l'Atlantique et la Méditerranée.

Mon amour pour le Moyen-Orient me ramenait toujours vers l'Égypte où je donnais des conférences sur les croisières sur le Nil, le second fleuve, avec la Loire, qui coule dans mes veines. L'Égypte est pour moi, comme l'Italie, une terre bénie, et les Égyptiens m'ont toujours fait la grâce de me reconnaître comme l'une des leurs, une Circassienne. Ce que me confirma un ami Libyen à Rome, Dr. Fouad Mustafi Kabazzi, un mage et un poète mystique et savant, qui avait traduit le Coran en italien, descendant d'une ancienne famille circassienne, et ambassadeur près du Saint Siège. J'avais souvent séjourné au Caire durant mon mariage, dans l'hôtel particulier de Garden City de Mme Sabet, d'origine Mamelouk, cousine du roi Farouk, elle était la veuve d'un ambassadeur à la Cour de St. James's, et la mère d'un ami de mon mari. J'avais tissé des liens d'affection et d'estime mutuelle avec cette femme remarquable, d'une grande culture et d'une profonde spiritualité, qui durèrent jusqu'à sa mort. Elle m'ouvrit au raffinement, à la beauté, à la poésie et à la sophistication de la vie orientale.

Mon mari me présente à David Pathenot, des Services de l'Intelligence britannique MI6, à Palace House, Beaulieu, Hampshire, au domaine de son cousin Edward Montagu of Beaulieu, à l'occasion des 90 ans de sa mère, Pearl Pleydell-Bouverie, le 7 juillet 1985

4. HISTORIENNE D'ART & CONFÉRENCIERE

À Londres, j'avais repris mes études d'histoire de l'art à l'Université de Londres, d'abord à mi-temps, puis devant la rechute et la progression de la maladie dépressive de mon mari, après des années d'accalmie, plus sérieusement, afin d'en faire ma profession.


Portrait de Teresia Khan, Lady Shirley, par Sir Anthony Van Dyck, 1622, d'origine circassienne, en costume national. Elle épousa Sir Robert Shirley, l'ambassadeur anglais du Shah de Perse à Rome (Coll. National Trust, Petworth House, West Sussex). Sa descendante, Maria Shirley, sculpteur et professeur d'histoire de l'art au Birbeck College de Londres, fut mon professeur au London University Extra-Mural Department, où j'obtins un diplôme, avant de devenir mon 'tutor', en préparation du BA Hons. Histoire de l'art au Courtauld Institute à Londres, que j'obtins en étudiante indépendante, devant assumer le soutien moral et financier de mon mari malade. Maria Shirley devint une amie proche et un mentor, qui me transmit avec passion et enthousiasme tout son savoir, et son amour de l'art classique de la Grèce et de Rome, dans des conférences inspirées et des conversations savantes et stimulantes. Elle ressemblait étonnamment à son ancêtre, dont elle me signala le portrait par Van Dyck, ainsi que celui de son mari en habit persan, dans la collection du Earl of Egremont.
Photo Petworth ©National Trust Images/Derrick E. Witty.

 

Diploma in Art History of the Extra-Mural Department, London University
Diploma of The Study Centre for the Fine and Decorative Arts, London, (The V&A Course)
BA Hons. (Art History), The Courtauld Institute, London University

Forte de mon expérience pédagogique, je devins rapidement conférencière. Les arts décoratifs français devinrent mon champs d'expertise, et je donnais des conférences sur le mobilier français à mon alma mater, le Study Centre, au Victoria & Albert Museum (V&A), à la Wallace Collection, et, entre autres, à de futurs commissaire-priseurs pour The Incorporated Society of Auctioneers and Valuers, de l'université de Southampton.








Sotheby's. Voyage d'études à Rome, 1985.
Photo Linda Cook

 

Peu de temps après, je fus nommée directrice du cours préparatoire en histoire de l'art chez Sotheby's, le Styles in Art course. Trois an plus tard, j'ouvris mon institut, The Riccardi Institute of Art, accueillant des élèves internationaux, principalement des femmes adultes du Moyen-Orient. Celles-ci devinrent mes amies. Leur spiritualité, leur générosité, leur charme, leur élégance et leur beauté, me furent d'un grand réconfort à la mort de mon mari, et elles m'invitèrent au Liban et en Arabie Saoudite.

5. L'ITALIE & MARIO PRAZ

Un cycle se terminait, et après avoir réglé les affaires de la société de mon mari, dont j'étais aussi directeur, je publiai un volume de référence sur l'ébénisterie, avant de quitter ma maison de Londres, dont je ne pouvais plus assumer les frais sans faire de nouveaux sacrifices personnels. J'avais l'intuition qu'il me fallait désormais dédier ma vie à mes talents d'artiste, d'écrivain et de poète, que la maladie de mon mari m'avait forcée à garder dans l'ombre. Je devrais considérer ma vie sous un nouvel angle, qui serait propice à ma créativité, et qui puisse m'apporter soutien et inspiration.

L'Italie avait toujours fait partie de ma vie, depuis mon enfance au Val de Loire dans son art de vivre, sa littérature, son art et son architecture, sinon sa gastronomie, ce que je ressentis à ma première visite à Florence, qui me rappela Blois. J'avais découvert l'influence de Rome adolescente, lors d'un voyage culturel en Provence, la provincia chère aux Romains. La clarté de ces cieux, ses monuments classiques, ses maisons blanches et ocres aux toits de tuiles roses, touchèrent mon âme comme un lointain écho. Je sus alors que l'Italie serait pour moi, un jour, aussi importante que l'Angleterre. Mon mari se sentait avant tout Romain, et m'avait fait découvrir la Ville Éternelle, où il avait vécu, jeune homme, dans un palais de la Via Giulia, proche du Palazzo Ricci, je devais le découvrir plus tard, celui de l'homme qui m'y ouvrit toutes les portes à travers sa collection et son oeuvre, Mario Praz.

Quelques mois avant la mort de mon mari, un distant cousin italien, Giorgio Garbasso, nous avait contacté, et nous séjournions avec lui et sa femme, Luciana, dans leur propriété du Veneto, et à Porto Ercole. Par leur intermédiaire, nous avions fait connaissance de leurs cousins, Alberto et Fulvia Carnaroli de Milan. Cette dernière appartenait à la famille Resta Pallavicino, et son père, l'un des associés de la famille Agnelli durant les années 30, avait assaini et développé la région de Grosseto en Maremma, et bâti une villa de plaisance au bord du lagon de Capalbio. Fulvia devint une amie chère, elle suivait mes conférences à Londres, où elle avait un appartement, et je passai d'heureuses vacances avec elle et sa famille à Capalbio.




Le Palazzo Medici Lante della Rovere, Piazza dei Caprettari, 70, à Rome, construit sur l'emplacement des thermes d'Agrippa du Ier siècle ap. J.C., en 1516 par Alfonsina Orsini,épouse de Piero dei Medici, et hérité par son beau-frère, Giovanni dei Medici, qui devint le Pape Leone X. Catherine de Medicis y vécut avant de devenir reine de France en 1533. Le palais fut acheté par Ludovico Lante en 1558. Les architectes toscans Giovanni da Sangallo et Nanni di Baccio Bigio en sont les créateurs. Les colonnes de la loggia proviennent sans doute du Colisée, et ornent l'une des plus belles cours de la Renaissance italienne, où apparaissent les armoiries des familles qui y ont vécu. J'y ouvris à nouveau le Riccardi Institute of Art, donnant des conférences dans ses salons ornés de fresques religieuses et mythologiques datant du XVIe au XVIIIe siècle.

 

En vacances à Capalbio, nous visitions tous les ans un site étrusque proche : Orvieto, Volterra, Vulci, Cerveteri, Tarquinia, et la force tellurique de cette terre de feu renouvelait mon énergie créatrice et stimulait mon imagination. Quittant Londres, je passais quelques mois à Florence afin de perfectionner la langue italienne, puis décidai de me fixer à Rome, une ville plus cosmopolite, qui pourrait m'offrir des opportunités de travail. Je devins la correspondante de la revue d'art d'un collègue et ami londonien, pour lequel j'avais contribué à Antiques Magazine, qui devint Antique Interiors International. Alistair Hicks me commanda un article sur le Museo Praz, ouvert quelque temps auparavant. Ainsi s'initia une recherche, un travail, une étroite symbiose intellectuelle et artistique, avec une personnalité tout à fait exceptionnelle. Mario Praz (1896-1982) avait été un esthète, auteur anglophile, collectionneur de la période Empire, ami de Paul Marmottan. Il devint pour moi un mentor intellectuel, un guide à travers ses œuvres. Il m'ouvrit toutes les portes à Rome, et me ramena vers le Warburg Institute à l'Université de Londres, où Maria Shirley me destinait à étudier avec Frances Yates, mais que mes circonstances empêchèrent.

Portrait de MARIO PRAZ dans le salone du Palazzo Ricci, via Giulia, 1963. Aquarelle de Sergio di Francesco. Collection Museo Praz.
Photo Massimo Listri

6. PRINCIPALES PUBLICATIONS & PROJETS EN COURS

  • 1992 THE ART OF THE CABINET, Thames and Hudson, London/New York
  • 1993 UN ART EUROPEEN. LE CABINET DE LA RENAISSANCE A L'EPOQUE MODERNE, Les Éditions de L'Amateur, Paris, MOBILI DI COLLEZIONE, TIPI E STUDIOLI NEI SECOLI, Garzanti, Milan
  • 1996 THE GROVE DICTIONARY OF ART, Macmillan,London/NewYork, 17 articles sur les styles, les ornements et les arts décoratifs français, révisés et augmentés, 2016, Oxford University Press.
    Grove art on line http://www.oxfordartonline.com
  • 1999 MARIO PRAZ, ANGLOPHILE AND AESTHETE (1896-1982), The British Art Journal,Vol.1, N.1. http://www.britishartjournal.co.uk
  • 2000 THE DUKE OF BUCKINGHAM'S CABINET D'AMATEUR C.1628; AN AESTHETIC, RELIGIOUS AND POLITICAL STATEMENT, (with an attribution to Van Dyck), The British Art Journal, VOL.1 N.2
    http://www.britishartjournal.co.uk

PROJETS EN COURS

  • Film documentaire et biographie de Mario Praz
  • Exposition sur le mythe napoléonien dans les collections britanniques avec la collaboration scientifique de Peter Hicks, Chargé des affaires internationales à la Fondation Napoléon : http://fondationnapoleon.org/organisation/lequipe/
  • Histoire de la dynastie Stuart en France et en Italie, voir EXILED IN DEATH, un article sur le roi catholique britannique, Jacques II Stuart, Country Life, 25 June 2014
    http://www.countrylife.co.uk
  • Essai sur le déclin de la culture et du prestige français

AFFILIATIONS

7. POÉSIE, MUSIQUE & DANSE

Le beau langage du Val de Loire, la courtoisie, la finesse d'esprit et la science de ses habitants, ont des sources très anciennes. À la fin du VIe siècle le saint évêque Grégoire de Tours écrivit l'Historia Francorum (Histoire des Francs). Au IXe siècle, Alcuin, le savant moine anglais, ami de Charlemagne, fit briller la renaissance carolingienne à Tours. Au XVe siècle, Valentina Visconti, duchesse de Milan, y apporta le raffinement et la sophistication de la renaissance italienne. Elle tint une cour humaniste savante au château de Blois, où son fils Charles d'Orléans, un poète, de retour de prison à la Tour de Londres après sa capture à Azincourt, organisait des joutes poétiques, où brillait François Villon : 'Je meurs de soif auprès de la fontaine …'. J'allais me recueillir à Talcy, m'asseoir sur la margelle du puits, où Ronsard, 'Prince des poètes et poète des princes', courtisait la belle Cassandre Salviati. Les poètes de la Pléiade s'inspiraient du dolce stil novo italien dans l'emploi du vernaculaire, que célébra l'angevin Joachim du Bellay dans sa Défense et illustration de la langue française, alors que s'élevaient les châteaux de plaisance construits du blanc tufeau des coteaux de la Loire, alliant le savoir gothique à la grâce italienne. Léonard de Vinci, qui vécut et mourut à Amboise, participa à la construction de Chambord, et dessina la capitale idéale de Romorantin pour son ami François Ier. Blois fut une ville royale pendant 300 ans, où vécurent deux reines Medicis, Catherine et Marie, et où Gaston d'Orléans, frère de Louis XIV, et sa fille, La Grande Mademoiselle, ajoutèrent une nouvelle aile au château.

Nulle autre région au monde ne compte autant de gracieux manoirs et de châteaux, d'écrivains et de poètes. Le savant humaniste François Rabelais, amoureux de Rome, naquit près de Chinon, le philosophe et mathématicien René Descartes, à La Haye-Descartes, Alfred de Vigny à Loches, dans la vallée de l'Indre. Celle-ci inspira Balzac, qui de Tours venait résider au château de Saché. Charles Perrault conçu le conte de La Belle au bois dormant au château d'Ussé. Le poète mystique et visionnaire Charles Péguy vit le jour à Orléans, le métaphysicien orientaliste, savant de l'ésotérisme, René Guénon à Blois, il vécut et mourut au Caire. Dans la Sologne proche, Alain Fournier fit vivre Le Grand Meaulnes à Nançay, Maurice Genevoix, Raboliot à Brinon-sur Sauldre, et George Sand chanta les sortilèges du sombre Berry à Nohant, où Chopin et Delacroix lui tenaient compagnie.

Je suis fille de cette terre bénie des dieux, qu'ont soigné avec amour mes ancêtre vignerons, ce Jardin de la France, où la luminosité des cieux, la clémence du climat, l'harmonie des paysages, la douceur de vivre, encouragent l'œuvre de l'homme, je suis fille de cette lignée d'hommes et de femmes laborieux et inspirés. Le beau langage est en moi inné, comme le sont la courtoisie, et l'universalité humaniste. Et si je devins anglophile, et je négligeai pour un temps l'écriture de la poésie française, la lecture à Londres de La Recherche du temps perdu de Proust, et des Voleurs de feu de Dominique de Villepin, exerça sur moi une catharsis, qui ouvrit à nouveau les porte de la créativité dans ma langue maternelle, porteuse d'émotions, et me ramena vers la France en 2007.

La musique a toujours eu une place essentielle dans ma vie, comme la danse. Le poète danse sur la musique des sphères : 'J'ai tendu des cordes de clocher à clocher ; des guirlandes de fenêtre à fenêtre ; des chaînes d'or d'étoile à étoile, et je danse' Rimbaud, Les Illuminations. Il y a en moi une nymphe antique grecque aux pieds ailés, dansant à l'aube des temps. C'est à elle que je devais donner la parole.



Chantant et dansant Carmen, 'L'amour est enfant de Bohème',
août 2016. Photo Marie-Lise Babu
C'est pour moi l'expression du sacré, comme le dit un ancien texte sanscrit, à l'instar de Shiva Nataraja, Seigneur de la Danse : 'Adorer Dieu en dansant, accomplit toute inspiration, et la voie de la délivrance s'ouvre à celui qui danse'. C'est la célébration même de la joie de la vivre, de l'union de l'homme avec le cosmos, comme le savent les mystiques soufis, les derviches tourneurs, qui retracent, dans leurs circonvolutions, le mouvement des astres.

 

C'est par la danse que je rencontrai, enfant, une femme exceptionnelle, solaire et charismatique, qui m'apporta l'amour et l'affection, dont la mort de ma grand-mère paternelle m'avait cruellement privée. Elizabeth Anneliese, Simon, enseignait la danse au groupe théâtral amateur auquel j'appartenais. D'origine juive allemande, sa famille avait fui les Nazis de Berlin à Paris, où elle avait étudié la peinture à La Grande Chaumière, ne pouvant faire de la danse sa carrière après les privations subies pendant la guerre. Elle épousa un Français, ingénieur de l'aéronautique, qui lui donna deux fils. Elle eut sur moi une influence déterminante, encourageant mes talents artistiques, me transmettant son expérience et son savoir. J'admirais sa beauté, son charme, sa culture et son élégance. Sous son aile, l'adolescente devint une femme : nous chantions et dansions ensemble, visitions expositions, boutiques et librairies à Blois, Bourges, Orléans ou Paris, allions au concert et au théâtre. Enfant, j'avais commencé à écrire des saynètes de théâtre dont j'étais l'héroïne, j'en dessinai les décors, les costumes, dirigeai ma fratrie récalcitrante. Le théâtre m'a toujours semblé être, comme pour les Grecs, un art initiatique majeur, la voix humaine portant une charge créatrice dans le mot prononcé. J'avais découvert, enfant, le pouvoir orphique de la voix en face, par deux fois, de chiens bergers allemands dressés à l'attaque, que je tins à distance par mes paroles, comme je charmai un passereau gros-bec venu de la forêt voisine, que j'apprivoisai et nommai Maia. À Londres, j'explorai ce pouvoir avec Michael McCallion, un expert professeur à RADA, la Royal Academy of Dramatic Art, qui s'appuyait sur la Technnique Alexander pour acteurs et chanteurs, que je pratiquais aussi dans ma profession de conférencière, associée au yoga.

Je chantais dès l'enfance dans la chorale de l'église Saint-Georges à Salbris. Pensionnaire à Sainte-Marie, je découvris la joie de chanter le grégorien, Bach, Haydn, Mozart et Beethoven. La première écoute du Messiah de Haendel me bouleversa, et m'ouvrit à la musique baroque : Purcell, Telemann, Vivaldi, Corelli, Gluck, devinrent familiers, avant Lulli, Charpentier et Marin Marais. À Londres, je suivais la saison des opéras de Haendel à Convent Garden, et je découvris L'Orfeo de Monteverdi à Saint Martin-in-the-Fields. Si je suis réceptive à toute forme de musique, depuis l'enfance je chante les ballades et vieilles chansons françaises, la musique ancienne et baroque parle le plus à mon cœur. Adolescente, je découvris les negro spirituals et le blues américains, ainsi que le jazz manouche : à Paris, je dansai avec mes amis au Caveau de la Huchette, ou au Blue Note, près des Champs Élysées. Étudiante, j'abordai la discipline du ballet à Blois, que je poursuivis à Londres avec une ancienne ballerine des Ballets Rambert, Thelma Bousfield, et je chantai avec mes amis allemands dans la chorale Honegger.



Mon amour de la musique et de la danse est intimement lié à ma spiritualité et à mon sens du sacré. Enfant, danser en chantant pieds nus dans la rosée, m'exaltait tout autant que d'assister à la messe matinale. Je garde un souvenir ébloui, pensionnaire, d'un concert d'orgue par Marie-Claire Alain, dans mon église favorite à Blois, l'église Saint Vincent de Paul, ancienne chapelle du Collège des Jésuites 1634-71. Gaston d'Orléans et sa fille, Anne-Marie de Montpensier, en financèrent la construction. Sa façade rappelle celle des églises jésuites romaines, San Ignazio et Il Gesù, l'église mère de la Compagnie de Jésus, à Rome, où j'allais souvent me recueillir et méditer dans la chambre mortuaire de Saint Ignace de Loyola, 1543, dans le palais mitoyen à Il Gésù, maintenant une chapelle.

 

8. SPIRITUALITÉ, ÉSOTÉRISME & VIES ANTÉRIEURES

Ma grand-mère paternelle m'avait tôt éveillée à la piété. Je me revois, je n'avais pas sept ans, l'accompagnant à la messe du dimanche. J'ai une robe de mousseline blanche ornée de smocks multicolores au corsage, et je vérifie que mes chaussettes blanches sont bien tirées au-dessus de mes souliers vernis noirs à bride et bout rond. Je donne la main à cette femme, vêtue du noir des veuves, je n'ai jamais connu mon grand-père, sa haute silhouette digne et composée sous son chapeau de paille verni noir. Ensemble nous marchons, entre les champs de blé et de vignes, vers l'église de la Chaussée Saint-Victor. Là, grisée par la lumière ondoyante des cierges, les effluves enivrantes de l'encens et des lis, je l'écoute, transportée, chanter la messe en latin. Et je songe qu'un jour, moi aussi, je chanterai dans cette langue qui parle à mon âme.


Le retable de marbre rouge, et de scagliola sur pierre, 1684, de style jésuite, dans le chœur du début du XVIe siècle de l'église Saint Georges de Salbris. Entre les statues de Saint Georges et de Saint Joseph, la Pietà de pierre blanche du début du XVIIe siècle, provient de l'abbaye de Saint-Sulpice de Bourges. Saint Georges est l'église de ma Première Communion et de ma Confirmation.Je méditai souvent à cet autel, devant l'émouvante représentation de l'amour maternel, dans sa nature essentielle. Je découvris avec émotion l'original dans la basilique Saint Pierre, avec mon mari, à ma première visite à Rome. Cette Pietà de marbre de Carrare avait été commandée à Michel-Ange, 1498, par le Cardinal Jean de Bilhères, envoyé français à Rome, pour orner son tombeau.

 

J'ai ressenti très tôt cette '…tension intérieure qui appelle l'artiste à la sainteté', selon Franz Liszt. J'entrai dans une première crise mystique, après le refus de ma mère de me laisser m'inscrire à l'université, que conseillait mon professeur de philosophie. J'enseignai en maternelle chez les Sœurs de Saint Vincent de Paul jusqu'à ma majorité, et pris ma vie en main. Je ne pouvais comprendre ni son rejet, ni sa malveillance sadique envers moi, dont ma grand-mère m'avait protégée. Je lançai alors un défi à Dieu, 'Si Tu existes, prouve-le moi !', abandonnant tous les Sacrements. Entre temps, je poursuivais l'étude des religions comparées, initiée avec Mlle Mercier en cours de philosophie. À Paris, je rencontrai la veuve du Général Bouvard, d'une spiritualité très évoluée, et d'une grande bienveillance envers moi, qui me fit connaître l'ésotérisme, me donnant à lire Les Grands Initiés, le volume d'Édouard Schuré, ami de Rudolf Steiner. Ainsi je devins membre de la Société Théosophique, y rencontrai un yogi franco-indien, qui m'initia au yoga et à son ascèse. La méditation m'était déjà familière, j'avais l'habitude des retraites spirituelles dans le silence, une discipline que je poursuivis après mon mariage, avec mon mari. En proie à une profonde angoisse et souffrance de l'âme, un matin à Mayfield, tel Saul sur le chemin de Damas, j'eus une révélation, et une voix intérieure me dit : 'Tu es ma fille bien-aimée !'.


L'extase de Sainte Thérèse d'Avila, de Bernini, dans la Chapelle Cornaro, église de Santa Maria della Vittoria, Rome, 1647-52. Pour moi Dieu est Amour, comme pour de nombreux mystiques qui en ont fait l'expérience extatique, dans quelque religion que ce soit: Rumi, Ibn el Arabi, Hafez, Saint Jean de la Croix, Saint François d'Assise, Sainte Thérèse d'Avila. Je vécus cette expérience à Rome après avoir quitté Londres, dans une seconde crise mystique intense, qui dura des mois, et renforça le sens et la direction de ma vie. J'avais étudié les 'Exercices spirituels' d'Ignace de Loyola, et toute la souffrance du monde m'assaillait, alors que je me sentais isolée sur cette terre. Tous les êtres chers qui portaient sur moi un regard d'amour, et me protégeaient, avaient disparu au cours des années qui suivirent la mort de mon mari. Dieu semblait faire le vide autour de moi et m'exposer à la malveillance de la famille et de la première femme de mon mari, et de collègues jaloux et envieux de mes succès.

 

Je méditai longuement sur le sens de la souffrance et sur le Livre de Job, comment et pourquoi, le juste est-il ainsi frappé ? Je trouvai une réponse et un réconfort dans l'essai de Carl Jung de 1954 : Réponse à Job. 'Le Livre de Job sert comme le paradigme d'une certaine expérience de Dieu, qui a un sens très particulier pour l'homme contemporain… Il vaut bien mieux en admettre l'effet et se soumettre à sa violence…la violence est faite pour atteindre l'homme au plus profond de lui-même, afin qu'il succombe à son action. Il doit la ressentir, sinon son plein effet ne le touchera pas. Pourtant, il doit reconnaître ce qui l'atteint, car de cette manière il peut transformer en connaissance, d'une part la gratuité de la violence, et d'autre part celle de son effet sur l'autre'. La Connaissance que je recherchais devait passer par la souffrance. Pourtant il me semblait que l'Amour, seul l'Amour, était la réponse à apporter, afin que les forces contraires qui m'assaillaient de toutes parts, de l'intérieur comme de l'extérieur, ne cessent d'elles-mêmes d'agir, et que le juste ordre des choses soit rétabli. Jung le dit dans son essai de 1957, Le Moi caché. 'Là où l'amour s'arrête, le pouvoir commence, puis la violence et la terreur'. Et ce monde qui est le nôtre se meurt du manque d'amour.

Malgré les difficultés de toutes sortes qui se dressaient sur mon chemin, je ne voulais ni renier ma mission de vie, ni dévier de ma voie, et je découvris à Notre Dame de Paris un tableau énigmatique de Guido Reni, qui me renforça dans ma conviction. C'est une rare représentation du Triomphe de Job, quand, récompensé des souffrances et des outrages du passé, et enfin reconnu, il est élevé, avec tous les honneurs, au rang qui est le sien.


Le Triomphe de Job symbolise la persévérance dans la foi, suite à un pari entre Dieu et Satan, Job n'a pas failli à son destin, et renié sa foi en Dieu. C'est une illustration de la Vulgate de Job : 'Post tenebras spero lucem, Que la lumière est proche quand les ténèbres sont là'. Guido Reni, 1636. Provenance : Église dei Mendicanti, Bologne, Italie, transporté à Paris en 1796. Notre Dame de Paris.

 

Le souvenir de vies antérieures, qui me revinrent spontanément avant mon mariage, m'aida dans ces années d'épreuves. Les deux premières qui se présentèrent à moi furent masculines : un général et un médecin. Paradoxalement, l'expérience qu'ils m'apportaient, et dans laquelle je trouvais aide et conseils, me furent très précieuse dans mon mariage. D'autres incarnations me revinrent, au fur et à mesure des aléas, et des détours du labyrinthe de ma vie présente. Elles m'apportaient à chaque fois des savoirs, des connaissances, qui me permettaient d'affronter certaines situations. C'est un chemin initiatique, reconnu par l'Église des premiers Chrétiens jusqu'en 553, quand le Second Concile de Constantinople le condamna. Les Anciens Égyptiens, les Grecs, et les Romains, dans le courant de la tradition orphique et pythagoricienne, y avaient adhéré, comme les religions indiennes, hindoue et bouddhiste, et la Kabbale juive. Platon, Carl Jung, Goethe, Nietzsche, Arthur Schopenhauer, Rudolf Steiner et René Guénon, entre autres, ont soutenu cette théorie, que révèle une expérience intime accordée, certes, à une minorité, mais qui est une réalité potentielle pour tout être humain.

9. ENGAGEMENT POLITIQUE

Mon premier geste politique fut de manifester à Hyde Park, le 15 février 2003, contre la guerre en Irak. Je m'associai aux 10 millions de personnes dans le monde, qui se retrouvèrent dans plus de 800 villes, à démontrer leur soutien à l'engagement de la France pour la paix après le discours historique de Dominique de Villepin à l'ONU, la plus grande manifestation de ce genre dans l'histoire humaine. Sur le podium en compagnie de Bianca Jaegger, George Galloway, et Tariq Ali, l'ancien Président algérien, Ben Bella termina son discours par un retentissant : 'Vive Chirac, vive la France !' J'écrivis au Président Chirac pour le féliciter, et lui dire que j'étais fière d'être française.


Soutien à Dominique de Villepin, le 19 juin 2011, à la Maison de l'Amérique Latine à Paris, à l'occasion du premier anniversaire de République Solidaire, avec Jean-Jacques de la Rochette, et Thierry Rispal de Villon. De retour à Paris, je devins membre du Club Villepin, puis de République Solidaire, et militai dans la campagne présidentielle de 2012.

 

La politique française m'était totalement inconnue, je n'avais voté qu'en Angleterre. Aussi, je contemplai avec stupeur et incompréhension l'élection, en 2007, de Nicolas Sarkozy, pour moi un pauvre clone de Tony Blair, sans scrupule, conviction ni vision, un opportuniste narcissique, tout aussi corrompu et vénal que son modèle. J'exprimai l'indignation que suscita en moi l'infâme discours raciste et xénophobe de Grenoble contre les Roms, le 30 juillet 2010, dans la poésie. Je postai sur mon blog Mediapart :
https://blogs.mediapart.fr/monique-riccardi-cubitt, Lamentation sur la mort de Luigi. Hommage au grand Django Reinhardt, et un recueil de poèmes satiriques contre la corruption et l'amateurisme incohérent et dangereux de Sarkozy et de son gouvernement, Portrait d'un petit despote et de son règne calamiteux.

Le 30 septembre 2010, j'animai un débat au Café de Flore sur La poésie et la politique, où assista une amie chère, une femme forte et solaire, anglophile passionnée, Françoise de Lassus Saint Geniès. Elle me présenta à Stéphane Hessel, le diplomate, ancien résistant, ambassadeur et ministre, écrivain et militant politique pour la défense de la Palestine et des Roms. Je suivis tous ses débats et conférences durant le Printemps Arabe, voir l'essai sur Mediapart : Le pouvoir de l'esprit. Merci M. Hessel. Le 1er janvier 2011, m'assurant de sa 'Solidarité', il me dédicaça son pamphlet Indignez-vous, en ces termes : 'Poétesse émouvante et précieuse défenderesse des causes essentielle'.


Stéphane Hessel, le 30 novembre 2012, à la Maison de l'Amérique Latine, lors d'un débat: 'Le siècle en dialogue', animé par le scénariste et metteur en scène, Jean-Claude Carrière.
Dans mon action militante pour les Roms, je lançai le projet d'inscrire le Jazz Manouche au Patrimoine immatériel de l'UNESCO, et de créer une maison de la culture tzigane, Roma Cultura.

 

L'indignation que je ressentais me contraignit à explorer la face sombre de la France, cette Ombre collective, qui s'est appesantie au cours des siècles, et a obscurci la pysché nationale. Le Mal est universel, mais seule la France en a codifié son action systématique dans le sadisme, dont l'auteur de cette démence a été élévé au rang de philosophe des Lumières. Mon expérience du Mal remonte à l'enfance. Ma famille avait deux filiations, l'une lumineuse et angélique du côté paternel, dont je suis l'héritière, l'autre noire et démoniaque du côté maternel, adepte de 'cet insolent viol de l'âme', dénoncé par Maria Montessori, qui vise à la domination par la violence et par la transgression. Ce combat eschatologique résume tout l'engagement de ma vie, et il me fut très difficile d'aborder l'aspect sombre de Mario Praz dans son volume magistral de 1930, La carne, la morte e il diavolo, La chair, la mort et le diable dans la littérature du 19ème siècle. Le Romantisme noir. Pourtant l'étude de son oeuvre, lui qui, afin de se protéger contre la malveillance humaine, avait choisi le côté sombre du pouvoir, me donna le recul et le détachement nécessaire à l'analyse objective de la psychose collective de mon pays natal, où les conflits se résolvent toujours dans un rapport de force et dans la violence, l'une des sources du déclin de la France et de sa culture.

En 2015, je devins membre du parti conservateur britannique à Paris, et publiai plusieurs essais, dont une lettre ouverte à David Cameron J'accuse, sur la politique de l'Occident au Moyen-Orient, au moment de l'intervention militaire en Syrie, et un essai sur la Grande-Bretagne et l'Europe à propos du référendum sur le Brexit, sur le site des British Conservatives in Paris:
http://www.conservatives-paris.org/our-blog

La vie est pour moi un chemin, où des liens se nouent, ou se dénouent, au fil des rencontres, qui sont autant de maillons dans une chaîne ininterrompue, au-delà de l'espace et du temps. C'est une évolution constante, non pas linéraire, mais une spirale ascendante, où le temps se recourbe sur lui-même, décrivant une éllipse astrale, l'Ouroboros des Anciens, le serpent qui se mord la queue, dans l'accomplissement du destin de vies présentes et antérieures. C'est une danse cosmique, où nous évoluons de partenaires en partenaires, selon les lois de l'attraction et de la répulsion, à la recherche platonicienne, consciente ou inconsciente, de l'alter ego, le Bien-Aimé de Rumi, et de l'Absolu.

And the end of all our exploring will be to arrive where we started, and know the place for the first time.
T. S. Eliot

Et la fin de toute notre quête spirituelle sera d'arriver à notre point de départ, et de le connaître pour la première fois
T. S. Eliot

J'ai apprivoisé et exorcisé mon Ombre.
En route, chantant et dansant sur le Chemin de la Vie.

Versailles, août 2015. Photo Emmanuelle Soffe

Copyright Monique Riccardi-Cubitt, octobre 2016